INTERVIEW DE Roland FLORAC Chers lecteurs (peut-être aussi, et surtout chères lectrices), avant que vous ne lisiez cette interview (exclusive cela va de soit), je tiens à vous raconter l'histoire de cette entretien. (pour ceux que les propos extra-informatiques n'intéressent pas vous pouvez sauter un paragraphe). Les faits remontent à fin juin. Après lecture de la doc d'ORTHO, je m'aperçois que son auteur habite à Saint-Priest-Taurion (en Haute Vienne, à côté de Limoges), c'est à dire à dix kilomètres de chez moi. Sur le coup je me dis qu'il serait intéressant de le connaître. Mais voila, je pars en vacances. La veille de mon départ je reçois une lettre de Xavier (le rédac' chef) qui me propose de participer à son journal. Je lui répond sur le champ que je pourrai faire une interview en live du programmeur d'ORTHO. Il répond "ok". Retour des vacances : j'enfourche mon vélo et me voila devant l'appartement de Roland Florac. Malheureusement après un petit entretien de deux heures avec sa concierge (très gentille), j'apprend qu'il a déménagé en Charente ou Charente Maritime. Etant dépourvu de Minitel, je téléphone le lendemain à la Poste de Saint-Priest-Taurion qui me fait comprendre que sa nouvelle adresse est TOP-SECRET. Je ne désarme pas et je contacte un copain (que je remercie au passage) qui me fait la liste des FLORAC de Charente et de Charente Maritime (soit 11 adresses). Bien entendu, pas de Roland FLORAC. Je prend mon courage à une main, le téléphone de l'autre et je dérange cinq chaumières de FLORAC avant de débusquer le bon (il faut dire que la quatrième chaumière m'avait indiquer la cinquième). J'obtiens enfin Roland FLORAC et je lui demande d'emblée s'il est d'accord pour une interview. Le soir même (à partir de 21h30 le téléphone est moins cher) interview par téléphone (avec enregistrement) et ensuite retranscription par écris. Le tour est joué ! Merci encore monsieur FLORAC de m'avoir accordé cette interview. Christophe Laratte : En avant propos, ou plutôt en reprise des propos de votre ancienne concierge, j'aimerais que vous nous disiez si la description qu'elle fait de vous est exacte. Elle vous décrit comme un homme brun, cheveux cours, grand, environ 35 ans, toujours bien habillé, propre, très gentil, ouvert, professeur d'électronique, travailleur et qui possédait énormément de livres. Vous confirmez ? Roland Florac : ...et une discothèque importante (rires). C.L. Intéressons-nous plus précisément à l'informatique : à quand remonte pour vous la découverte de ce monde ? R.F. Au niveau professionnel, avant d'être professeur, j'ai travaillé dans une entreprise de téléphonie et les systèmes de téléphonie étaient à base de micro-processeurs, et donc avant de faire réellement de l'informatique j'ai travaillé sur des systèmes micro-programmés en langage machine pur, c'est à dire sans assembleur. C.L. Vous avez donc commencé par le mauvais côté de la chose ! R.F. Ah... pas forcément, car on apprend beaucoup de choses. C.L. Et ça remonte à quelle année ? R.F. Je ne peux pas vous dire... Ca fait plus de dix ans... C.L. Et le premier ordinateur ? R.F. J'ai acheté un ordinateur beaucoup plus tard... C'était un TRS 80 avec comme micro-processeur un Z80... Et je l'ai encore du reste, car je n'arrive pas à le vendre (rires des deux côtés). C.L. Et après directement l'Amiga ? R.F. Oui, il y a quatre ou cinq ans. J'ai acheté un Amiga 2000 avec le 1.2. sans disque dur, sans extension. C.L. Vous avez toujours, comme il est écris dans votre doc d'ORTHO, un Amiga 2000 équipé 3 Mo avec disque dur et ROM 1.3 ? R.F. Effectivement : je l'ai d'abord équipé 1.3 avec carte d'extension, puis j'ai acheté le kit 2.0 et je ne regrette pas d'avoir changé. Si j'ai un conseil à vous donner c'est de changer de système (NDLA : et oui ! je suis encore sous 1.3). C.L. Et vous avez le SUPER FAT AGNUS ? R.F. J'ai un intermédiaire équipé 1 Mo qui lui aussi n'est pas d'origine. C.L. Et pas de problème ? R.F. Non non, il faut simplement changer DENISE qui ne vaut pas très cher (environ 200 francs, je crois). Pour le reste je ne pense pas que ça vaille le coup : le 2.0 marche très bien. Il y a beaucoup plus de fonctions. C'est vraiment autre chose ! Ca marche mieux ! Le workbench est complètement différent ! C.L. Le seul ennui c'est la compatibilité avec le 1.3... R.F. Ah oui !... Pour ce qui est des programmes utilitaires, moi, je n'en ai aucun qui ne marche pas ! Aucun ! Il n'y a que les jeux qui déc.... (NDLA : censuré par moi-même avant que le rédac' chef n'y mette son nez). C.L. Bon... de toute façon les jeux... R.F. Oui ! moi ça ne m'intéresse pas. C.L. Qu'est-ce qui vous a séduit dans l'Amiga ? R.F. Pfft... Le système multitâche puis les icones. C'est complètement différent d'un PC où il n'y a que le DOS, ou alors pour avoir Windows il faut mettre les gaz. L'Amiga est plus souple à utiliser. C.L. Oui, mais quand vous l'avez acheté, devant vous, vous aviez le choix entre Macintosh, Atari... R.F. Macintosh beaucoup trop cher, puis ça ne m'intéressait pas car je trouvais ça nul (rires... de moi). Ca ne me plaisait pas du tout... C'était Amiga ou Atari; Atari ne plaisait pas non plus, j'ai donc pris Amiga. C.L. Vous avez eu de la chance, car moi je suis d'abord passé par l'Atari (Amiga, je ne connaissais pas), je l'ai gardé un an, puis j'ai acheté un Amiga. R.F. Il y a quand même un monde entre les deux... C.L. Tout à fait (NDLA : Thierry), mais à l'époque, moi je ne connaissais pas. R.F. Et oui, c'est ce qui est dommage avec l'Amiga : il n'est pas très connu. Moi j'ai habité longtemps en Creuse (NDLA : la Creuse est, je le rappelle, un département du Limousin, sur une carte c'est à gauche du Massif Central, Clermont-Ferrand ça vous dit quelque chose ? et les pneus Michelin ? et bien c'est juste à gauche !) et personne ne connaissait... à part les joueurs. Alors ça ne vaut pas un clou ! Les développements sont centrés là dessus... et pourtant c'est un super ordinateur, vraiment ! C.L. Justement, que pensez-vous de la politique de Commodore ? R.F. Le gros reproche à faire à Commodore, c'est que leurs trucs ils les vendent vraiment trop cher ! Ils n'encouragent pas les gens qui veulent faire quelque chose ! J'ai acheté une carte PC-XT (parmi les premiers, et il faut voir le prix que je l'ai payé) car avec des collègues nous avions projeté de faire une table traçante commandée par la carte PC-XT (l'électronique devait être gérée côté PC) et il fallait bien entendu que le PC communique avec l'Amiga. Et bien je n'ai jamais pu avoir la doc par Commodore de la carte XT et de la bibliothèque qui gèrent les deux. Même pas une réponse ! Rien du tout ! On a l'impression que Commodore essaie de faire quelque chose pour les jeux (avec le 500) et un peu pour la vidéo (avec le 3000), mais c'est tout. C'est ça sa politique. C.L. Revenons aux programmes : jusqu'à quel niveau utilisez-vous le domaine public ? Avez-vous beaucoup de programmes commerciaux ? R.F. Les programmes commerciaux ? J'en ai quelque uns, quand même, et ils marchent très bien. J'ai DevPac, la dernière version (3.0); le Lattice C impeccable, son gros problème c'est la lenteur mais sinon il est bien, il fait du bon code; le GFA, alors là aussi, bravo pour la politique commercial : j'ai voulu passer du 3.0 au 3.5, impossible ! Même pour le Lattice d'ailleurs, j'avais la 3.x et pour avoir l'upgrade il a fallut que je m'adresse directement aux Etats-Unis. Je trouve ça un peu lamentable. C.L. Parlons quand même un peu d'ORTHO : je l'ai connu par l'intermédiaire de Serge HAMMOUCHE qui me l'avait rapidement décris en ces termes (je cite) : "Il y a beaucoup de nouveautés ce mois avec en particulier un vérificateur correcteur orthographique très intéressant". A la suite de quoi je me suis jeté sur son catalogue où j'ai lu : "ORTHO : Un superbe ensemble de logiciels de vérification orthographique française de fichiers ASCII réalisé (en C) par Roland FLORAC (...). Grâce aux éditeurs vérificateurs fournis vous pourrez corriger l'orthographe dans vos lettres et vos fichiers ASCII. Le dictionnaire est modifiable à souhait et permet déjà la vérification de plus de 300000 orthographes différentes". Une semaine plus tard, je pouvais vérifier la véracité de ses dires : ORTHO est non seulement puissant mais en plus il est simple d'emploi ! De plus il est indépendant de tout traitement de texte, même si par la suite vous avez créé EDITO. (NDLA : EDITO est un petit éditeur de texte qui permet de corriger un texte comme sous ORTHO) R.F. Le problème d'ORTHO c'est qu'il n'est pas très convivial au niveau des corrections, il n'y a pas d'interaction au niveau du texte... On ne voit pas très bien ce qu'on corrige et on ne voit pas très bien ce que ça va donner. (NDLA : d'où l'utilité d'EDITO) C.L. Comment avez-vous eu l'idée de faire ORTHO ? R.F. La première idée (au tout début) vient d'un programme qui était paru dans une revue pour PC. Le programme était écris en Turbo Pascal, il était tout simple : il avait un tout petit lexique (une liste de mots qui n'était même pas triée je crois bien) et il comparait ces mots avec ceux qu'il trouvait dans un texte. Je l'ai donc écris par curiosité car dans l'article ils disaient qu'il était intéressant, mais en faite il ne valait pas un clou : le lexique avait 5000 mots et avec 5000 mots, vous ne corrigez rien du tout ! C'est trop pauvre. Et puis en plus il fallait que chaque mot soit stocké sous chaque forme ! Ainsi pour le mot "mauve" il y a le singulier et le pluriel, il faut donc avoir deux fois "mauve" : "mauve" et "mauves". Sans compter que plus on rajoutait de mots, et plus la recherche devenait lente. Alors j'ai amélioré. C.L. En plus vous faites la séparation "mot" et "verbe", et vous mettez les pluriels, les féminins, l'indicatif, etc. R.F. Mon but c'était de faire un lexique le plus compact possible. J'ai trouvé cette solution, ça ne marchait pas trop mal... C.L. Une question indiscrète : comment avez-vous fait pour enregistrer plus de 25000 mots et 8000 verbes ? R.F. Et bien je l'ai fait tout seul, petit à petit, ça m'a mis au moins trois ans ! C.L. Ca couvre les besoins ! R.F. Mais ce n'est pas encore fini ! En fait, je me suis basé sur une encyclopédie de 21 volumes et j'ai dû en regarder à peu près la moitié. Il y a encore à faire ! Ca ne sera jamais fini cette affaire là ! (rires de R.F.) C.L. Est-ce que vous comptez un jour envoyer ORTHO à Fred FISH ? R.F. Au non ! Parce que c'est uniquement en français : je ne pense pas que ça l'intéresse. Peut-être sur la collection CAM, mais comme je ne sais pas comment les contacter... C.L. Avez-vous réalisé d'autres programmes ? R.F. Ho !... des programmes en basic pour mon travail. C.L. Et pour l'avenir, que nous réservez-vous ? R.F. Ca dépendra du temps que j'aurai. Ce que j'aimerais faire, c'est un programme qui permette de réaliser des circuits imprimés... C.L. Et pour ORTHO ? R.F. Maintenant ORTHO n'utilise plus l'arp.library ni l'isup.library : j'utilise mes propres routines ou celles du 2.0. De plus EDITO propose des mots avec l'orthographe la plus proche quand vous faites une erreur. C.L. Pour les mots croisés, ça peut aider... R.F. Pas trop quand même car il peut proposer des mots plus cours ou plus longs. C.L. Est-ce que vous avez implanter un port ARexx ? R.F. Avec EDITO, oui. C.L. Et avec ORTHO ? Ca permettrait de corriger un texte sans sortir de son traitement de texte ? R.F. Effectivement, j'y pense, mais je n'ai pas beaucoup de temps. C.L. Maintenant une question dangereuse : que pensez-vous de la création d'un journal DP totalement dédié à l'Amiga ? R.F. Pourquoi pas ! C.L. Vous ne pensez pas qu'on accorde trop d'importance au DP ? R.F. Non, non, c'est très intéressant. C.L. Avant de nous quitter pouvez-vous nous dire si vous avez d'autres passions que l'informatique ? R.F. La randonnée en montagne. C.L. Merci beaucoup pour cette interview. R.F. C'est moi qui vous remercie. Propos recueillis par Christophe LARATTE 6 allée Marcel Pagnol 87410 Le Palais sur Vienne